Page:Gausseron - Les Fils de Kaïn, 1870.djvu/15

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Vengeance contre tant de siècles d’amertume !
Vengeance contre toi, Jaloux, qui dans la brume
De l’erreur nous retiens ! Vengeance contre Dieu !
Contre ceux qui sur nous, comme sur une enclume,
Ont frappé si longtemps que notre corps en feu,
Sous les coups répétés, s’est fait livide et bleu !

 
Vengeance ! C’est ton legs, ô vénérable Ancêtre !
Combattre sans merci l’iniquité du Maître,
Tendre toujours les bras pour rompre ses liens,
Avoir la liberté pour but suprême, et mettre
Cet espoir acharné par dessus tous les biens,
C’est là le testament que tu transmis aux Tiens.


Les Tiens l’ont accepté. Parfois, sans le connaître,
Un infaillible instinct leur faisait apparaître
Ce qu’était la Vertu, ce qu’était le Devoir.
Alors le Peuple, ému jusqu’au fond de son être,
Se levait, effrayant, affreux, sublime à voir,
Faisant de l’héroïsme avec son désespoir.


Ne pouvant plus souffrir, les multitudes sombres
Surgissaient brusquement de l’épaisseur des ombres
D’où partaient, hier encor, des gémissements vains ;
Leur masse s’accroissait, en chemin, par grands nombres ;
Le fer de la charrue armait leurs maigres mains, —
Et les seigneurs comblaient de leurs corps les ravins.