Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/21

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Un jour elle répondit avec une fierté toute cornélienne à une femme qui l’avait priée de lui montrer ses chiffons et ses bijoux, et qui, étonnée de cette simplicité excessive, lui demandait comment elle faisait les jours de gala et de cérémonie :

« J’ôte ma robe, et je défais mon peigne. »

Ce soir-là, elle avait sa robe de velours noir posée sur la peau sans chemise et sans corset : elle était en demi-toilette.

Pour Arabelle, je ne sais trop qu’en dire, sinon que c’était une charmante femme. Une grâce souveraine arrondissait tous ses mouvements, et ses gestes étaient si doux, si harmonieusement filés, qu’ils avaient quelque chose de rythmique et de musical.

C’était la Parisienne par excellence : on ne pouvait pas dire qu’elle fût précisément belle, et cependant elle avait dans toute sa personne un ragoût si irritant et si hautement épicé de minauderies et de façons particulières, que ses amants eux-mêmes eussent soutenu qu’il n’y avait pas au monde une femme d’une beauté plus parfaite.

Un nez un peu capricieux, des yeux d’une grandeur médiocre, mais étincelants d’esprit ; une bouche légèrement sensuelle, des joues d’un rose timide encadrées dans des touffes soyeuses de cheveux châtains, lui faisaient le minois le plus adorablement mutin qu’on puisse imaginer.