Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/217

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« Les hommes sont horriblement laids, et les femmes… Oh ! et ah ! ― Les gens riches, ou qui passent pour tels, n’ont pas seulement une pièce de vingt-cinq mille francs dans leur poche, et si en se promenant il leur prend fantaisie de faire reculer leur tilbury dans une devanture de boutique ou d’écraser un manant ou deux, ils sont obligés de laisser leur chapeau en gage ou d’aller emprunter de l’argent à un de leurs amis.

« Il y a une certaine classe de jeunes gens que l’on appelle fashionables, c’est-à-dire jeunes gens à la mode ; c’est une singulière vie que la leur. L’habit du plus élégant d’entre eux ne vaut pas mille francs, et les trois quarts du temps ils le doivent ; leur suprême raffinement consiste à porter des bottes vernies et des gants blancs. ― Une paire de bottes coûte quarante francs ; une paire de gants, trois francs ou cent sous. ― Luxe titanique ! ― Leurs vêtements sont d’un drap à peu près pareil à celui des portiers, des marchands de salade et des avocats ; il est très difficile de distinguer un grand seigneur, un fils de famille, d’un professeur d’écriture anglaise en vingt-quatre leçons.

« Ces messieurs dînent dans deux ou trois cafés accrédités par la mode, où tout le monde peut aller, et où l’on risque d’être assis à la même table qu’un vaudevilliste ou un faiseur de feuilletons qui vient de toucher son mois et veut se dédommager de huit jours d’abstinence. Ces cafés sont