Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/261

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geois : son linge est fin, ses coiffes se font toujours remarquer par leur blancheur ; ses brodequins sont les mieux faits de la ville ; car, dût ce détail déplaire à Tiburce, nous devons avouer que Gretchen a un pied de comtesse andalouse, et se chausse en conséquence. C’est du reste une fille bien élevée ; elle sait lire, écrit joliment, connaît tous les points possibles de broderie, n’a pas de rivale au monde pour les travaux d’aiguille et ne joue pas du piano. Ajoutons qu’elle a en revanche un talent admirable pour les tartes de poires, les carpes au bleu et les gâteaux de pâte ferme, car elle se pique de cuisine comme toutes les bonnes ménagères, et sait préparer, d’après les recettes particulières, mille petites friandises fort recherchées.

Ces détails paraîtront sans doute d’une aristocratie médiocre, mais notre héroïne n’est ni une princesse diplomatique, ni une délicieuse femme de trente ans, ni une cantatrice à la mode ; c’est tout uniment une simple ouvrière de la rue Kipdorp, près du rempart, à Anvers ; mais, comme à nos yeux les femmes n’ont de distinction réelle que leur beauté, Gretchen équivaut à une duchesse à tabouret, et nous lui comptons ses seize ans pour seize quartiers de noblesse.

Quel est l’état du cœur de Gretchen ? — L’état de son cœur est des plus satisfaisants ; elle n’a jamais aimé que des tourterelles café au lait,