Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/275

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Gretchen. Tiburce la reconduisit chez elle et eut soin d’organiser une partie de canot pour le dimanche suivant, avec l’agrément de Barbara, que son assiduité aux églises et sa dévotion au tableau de la Descente de croix avaient très favorablement disposée.

Tiburce n’éprouva pas une grande résistance de la part de Gretchen. Elle était si pure qu’elle ne se défendit pas, faute de savoir qu’on l’attaquait, et d’ailleurs elle aimait Tiburce ; — car, bien qu’il parlât fort gaiement et qu’il s’exprimât sur toutes choses avec une légèreté ironique, elle le devinait malheureux, et l’instinct de la femme, c’est d’être consolatrice : la douleur les attire comme le miroir les alouettes.

Quoique le jeune Français fût plein d’attentions pour elle et la traitât avec une extrême douceur, elle sentait qu’elle ne le possédait pas entièrement, et qu’il y avait dans son âme des recoins où elle ne pénétrait jamais. — Quelque pensée supérieure et cachée paraissait l’occuper, et il était évident qu’il faisait des voyages fréquents dans un monde inconnu ; sa fantaisie enlevée par des battements d’ailes involontaires perdait pied à chaque instant et battait le plafond, cherchant, comme un oiseau captif, une issue pour se lancer dans le bleu du ciel. — Souvent il l’examinait avec une attention étrange pendant des heures entières, ayant l’air tantôt satisfait, tantôt mécontent. — Ce regard-là n’était pas le re-