Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/354

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général Lamothe, ni la plume brûlée et passée sous le nez, ne peuvent la tirer de cet évanouissement, et, si la menace de lui jeter de l’eau à la figure ne l’eût rappelée subitement à la vie, on aurait pu la croire véritablement morte. Alcindor est inconsolable.

Car Éliante ne veut plus le recevoir, et il se distrait de sa douleur en bâtonnant deux fois par jour Giroflée et Similor, que cette considération seule l’a empêché de chasser.

Cependant on prétend que quelques jours après il a reçu d’Éliante un petit billet ainsi conçu :

« Mon cher duc, j’ai cru que vous aviez voulu me tromper sciemment ; j’ai su depuis que vous aviez été vous-même la dupe de Similor et de Giroflée. Le bichon que vous m’avez donné ne manque pas de dispositions et ne demande qu’à être cultivé pour éclipser Fanfreluche ; vous dansez comme un ange, voulez-vous être son maître à danser ? Adieu, Alcindor. »

Deux mois après, le bichon Pistache, plus jeune, plus souple et plus gracieux, avait complétement effacé la gloire du bichon Fanfreluche, et Alcindor avait donné un bon coup d’épée au chevalier de Versac qui ne voulait pas que l’on allât sur ses brisées. Versac ne se releva pas de cet échec, et Alcindor devint décidément l’homme à la mode.

Lecteur grave et morose, pardonne ce pré-