Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/420

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coudés nonchalamment sur la balustrade de marbre de l’Acropole.

« Ce qui vous étonne, mes beaux seigneurs athéniens, mes précieux satrapes à la barbe frisée, est une chose toute simple ; c’est que vous ennuyez Plangon qui vous amuse ; elle est lasse de vous donner de l’amour et de la joie pour de l’or ; elle perd trop au marché ; Plangon ne veut plus de vous. Quand vous lui apporteriez les dariques et les talents à pleins boisseaux, sa porte serait sourde à vos supplications. Alcibiade, Axiochus, Callimaque, les plus élégants, les plus renommés de la ville, n’y feraient que blanchir. Si vous voulez des courtisanes, allez chez Archenassa, chez Flore ou chez Lamie. Plangon n’est plus une courtisane ; elle est amoureuse.

— Amoureuse ! Mais de qui ? Nous le saurions ; nous sommes toujours informés huit jours d’avance de l’état du cœur de ces dames. N’avons-nous pas la tête sur tous les oreillers, les coudes sur toutes les tables ?

— Mes chers seigneurs, ce n’est aucun de vous qu’elle aime ; soyez-en sûrs ; elle vous connaît trop pour cela. Ce n’est pas vous, Cléon le dissipateur ; elle sait bien que vous n’avez de goût que pour les chiens de Laconie, les parasites, les joueurs de flûte, les eunuques, les nains et les perroquets des Indes ; ni vous, Hipparque, qui ne savez parler d’autre chose que de votre quadrige de chevaux blancs et des prix rempor-