Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/564

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hérissé de rocs. ― Cent mille projets plus extravagants les uns que les autres roulaient confusément dans sa cervelle : il accusait le destin, il maudissait sa mère de lui avoir donné le jour, et les dieux de ne pas l’avoir fait naître sur un trône, car alors il eût pu épouser la fille du satrape.

Une douleur affreuse lui mordait le cœur, ― il était jaloux du roi. ― Dès l’instant où la tunique, comme un vol de colombe blanche qui se pose sur le gazon, s’était abattue aux pieds de Nyssia, il lui avait semblé qu’elle lui appartenait, il se trouvait frustré de son bien par Candaule. ― Dans ses rêveries amoureuses, il ne s’était guère jusqu’alors occupé du mari ; il pensait à la reine comme à une pure abstraction, sans se représenter d’une manière nette tous ces détails intimes de familiarité conjugale, si amers et si poignants pour ceux qui aiment une femme au pouvoir d’un autre. Maintenant il avait vu la tête blonde de Nyssia se pencher comme une fleur près de la tête brune de Candaule, et cette pensée excitait au plus haut degré sa colère, comme si une minute de réflexion n’eût pas dû le convaincre que les choses ne pouvaient se passer autrement, et il se sentait naître dans l’âme contre son maître une haine des plus injustes. L’action de l’avoir fait assister au déshabillé de la reine lui paraissait une ironie sanglante, un odieux raffinement de cruauté ; car