Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/98

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nous sommes habillés comme de pauvres diables à qui il est tombé un héritage inattendu ou que l’on a invités le matin à un bal pour le soir même, et qui ont été s’acheter des habits tout faits dans une boutique du Palais-Royal ? Ne t’aperçois-tu pas que mon gilet est trop large d’un travers de doigt et que la pointe droite de ma cravate est beaucoup plus longue que la gauche, ― signe évident d’une grande perturbation morale ?

― Je suis extrêmement touchée d’une si profonde douleur, fit Musidora avec un demi-sourire, et en vérité je ne me croyais pas capable de produire un si grand vide en disparaissant du monde. ― Mais j’ai besoin de solitude : le moindre bruit m’excède ; tout m’ennuie et me fatigue.

― Je comprends, dit George ; vous voudriez voir si mon habit neuf me va bien par derrière. ― Je suis importun, et, si l’on attendait quelqu’un, à coup sûr ce n’était pas moi. ― Mais tant pis, je risque l’incivilité pour cette fois seulement, et je n’userai pas du seul moyen que j’ai de vous être agréable et qui serait de m’en aller. »

Et, en achevant sa réplique, il s’assit tranquillement par terre à côté de Musidora.

« Pardieu, vous avez un joli bracelet, dit-il en lui soulevant le bras.

― Fi donc ! répondit Musidora avec une pe-