Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/24

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Elle s’approcha de lui, avant qu’il eût eu le temps de se lever, et le salua d’un sourire.

— Tu songeais à ton pays, jeune étranger, dit-elle ; bien que tu sois presque le maître ici, tu regrettes la liberté ?

— Je ne regrette rien, auprès d’un maître tel que le mien, dit Joseph.

— Mais, sans doute, tu as laissé là-bas quelque amour nouvellement éclos, et ton cœur est loin de nous ?

— Aucun amour ne rappelle mon souvenir vers mon pays, dit-il.

— Je gagerais alors, s’écria-t-elle avec un sourire de joie, que bien des femmes se consument pour toi et gémissent de ton absence.

Puis elle ajouta plus bas, en le regardant avec tendresse :

— Il me semble, à moi, que si tu t’en allais, je mourrais de tristesse. Ne plus voir ton regard d’épervier, ni ta bouche qui semble une fleur humide, ni ton corps souple qui se meut avec tant de grâce, cela est hors de mon pouvoir. Avec toi, ma vie s’en irait.