Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/343

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Elle souriait quelquefois à présent, faisait vibrer les cordes du rébab et chantait, sans trop de tristesse, des airs qui avaient bercé son enfance. Ou bien, couchée indolemment sur le divan, elle soufflait du bout des lèvres la fumée du narguilé et, prise d’un trouble étrange, d’une tendre langueur, elle n’osait s’avouer qu’elle attendait, avec une sorte de fièvre, l’heure qui la rapprocherait de l’amant, qu’absent même il était près d’elle, qu’elle allait l’aimer, que, peut-être déjà, elle l’aimait !… Et les flocons de fumée bleue lentement, par la fenêtre, emportaient sa rêverie.

Un soir qu’elle venait de se prosterner, en voyant paraître l’akhoum sur la terrasse de la mosquée, elle se releva vivement. Ce que chantait le prêtre, ce n’était pas la formule accoutumée, l’appel à la prière. Sa voix sévère disait d’autres paroles. Ominah écoutait, tremblante ; c’était à elle, sans doute, qu’il les adressait.

— Ah ! quel spectacle lorsque, par la main des braves, les anges ôtent la vie aux infidèles,