Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/64

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Elle essaya de se calmer, de réfléchir :

— On va s’apercevoir de ma disparition, se disait-elle, tout sera en rumeur ; la ville entière me cherchera. Où suis-je, d’abord ?

Des degrés entaillaient le piédestal du colosse, elle les gravit et, de la hauteur, regarda.

Au loin, dans une brume fumeuse, violette, près du sol, et toute d’or sur le ciel pâle, des obélisques pointaient, des frises de temples se haussaient par-dessus les verdures et le moutonnement infini des maisons.

— C’est Memphis, la demeure de Phtah ! s’écria Tantyris, qui descendit rapidement, et se mit à marcher dans la direction de la ville.

Longtemps, longtemps, elle marcha, sous le soleil, dans le sable qui brûlait ses pieds nus, souillée de poussière, lasse, lasse à mourir. Elle atteignit enfin une route ; mais, ne sachant plus si ses pas saignants la rapprochaient ou l’éloignaient de Memphis, à bout de courage, elle se laissa tomber sur le