Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/244

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
232
L’ORIENT.

eaux-fortes ; la poupe et la proue, extrêmement relevées, ressemblent aux gaillards d’avant et d’arrière des anciens vaisseaux, à ces châteaux à plusieurs étages que sous Louis XIV encore Puget décorait de cariatides gigantesques.

Ce mode de construction, qui offre plus de prise au vent, est sans doute moins rationnel que la forme rectiligne adoptée par les navigateurs modernes, mais il est plus gracieux. Cette courbe plaît à l’œil ; elle s’harmonise d’ailleurs très-bien avec les formes typiques du pays : toits retroussés, souliers relevés en pointe.

Des boucliers peints de couleurs vives et faits de roseaux nattés, appendus le long du bordage, donnent à cette jonque un faux air de trirème antique ; mais derrière leurs disques on ne voit pas se dresser la pointe d’airain de la lance d’un guerrier d’Homère. À quoi servent ces boucliers ? Sont-ils là comme défense ou comme ornement ? Ils forment une espèce de bastingage qui pourrait au besoin arrêter la flèche d’un pirate malais.