Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/249

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EN CHINE.

dement à deviner, au fond de ces yeux où le soleil d’un hémisphère opposé a laissé sa lumière, la pensée dans laquelle nous pourrions communier et sympathiser.

Ils étaient là quatre, tous jeunes gens, avec des teints fauves, des tempes rasées, colorées de nuances bleuâtres, des yeux retroussés légèrement aux angles externes, un regard oblique et doux, une physionomie intelligente et fine, à laquelle l’énorme natte de cheveux formant la queue sacramentelle, roulée sous un bonnet noir, donnait un cachet féminin : d’après nos idées de beauté, qui se rapportent malgré nous au type grec, ces virtuoses chinois étaient laids, mais d’une laideur pour ainsi dire jolie, gracieuse et spirituelle.

À certains passages d’un rhythme plus précipité ou d’un mouvement plus lyrique, leurs figures s’animaient, leurs yeux s’ouvraient comme des fleurs noires, leurs bouches souriaient, laissant voir leurs dents jaune d’or ; celui qui tenait les baguettes des timbales s’agitait avec frénésie, le percuteur du gong frappait à coups redoublés sur son disque de