Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/254

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L’ORIENT.

sophiques. Le concert fini, on remet l’instrument dans sa boîte ; la vie achevée, on serre l’homme dans son cercueil, et tout est dit. La seule différence, c’est qu’on ne peut tirer l’homme de son étui comme l’instrument. Mais pourquoi les violons ont-ils des boîtes qui ressemblent à des bières ? Est-ce parce qu’ils ont une âme, une voix, et gémissent comme nous ?

Ce contraste, qui n’aurait rien eu d’agréable pour des musiciens d’Europe, semblait, au contraire, égayer les musiciens chinois. Les habitants du Céleste-Empire, comme les anciens Égyptiens, ont une préoccupation perpétuelle des funérailles, qui ne les empêche pas d’être gais, libertins, gourmands, ivrognes et vicieux. L’idée d’être enterrés avec luxe flatte les meilleurs vivants ; les plus prodigues mettent de côté pour avoir une sépulture confortable ; et ces cercueils avaient été placés pour entretenir les virtuoses en belle humeur et animer leur verve par l’idée d’être couchés, s’ils mouraient, dans ces belles bières rouges en bois de teck.