Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/260

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L’ORIENT.

français, à qui l’Office des chemins de fer, outre le voyage d’Angleterre, faisait accomplir celui de la Chine par-dessus le marché.

L’idée de ce voyage par catégorie nous eût autrefois contrarié ; il nous eût plu de parcourir le monde en pèlerin solitaire, à pied ou à cheval, au hasard des chemins et des auberges : mais les grandes inventions scientifiques modernes ont cela de remarquable, qu’elles poussent à la vie commune, malgré les mœurs et les répugnances politiques.

L’artiste, le poëte, l’homme du monde humoristique ou dédaigneux, qui croirait son individualité froissée dans un voyage fait en masse, comme ceux de l’Office de la place de la Bourse, ne peut partir qu’à l’heure marquée pour le convoi général. Il a mille ou douze cents compagnons de voyage forcés, avec lesquels il partagera les impressions de la route. La collectivité le rattrape sur la planche du paquebot et le reprend au collet à Douvres pour le transporter lui millième à Londres. Le pauvre diable, debout aux troisièmes places, y arrive en même temps que