Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/102

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L’ORIENT.

posera vis-à-vis de la Corne-d’Or, sur une jolie plage de la côte d’Asie bordée de cafés et d’habitations peintes de couleurs riantes. Vous suivez une rue étroite dont les maisons surplombent et font sur la voie publique des angles et des retraites bizarres. Comme le village est presque tout entier arménien, les portes entr’ouvertes et les fenêtres soulevées encadrent beaucoup de charmants visages de femme aux grands yeux noirs, aux traits réguliers, spectacle agréable à l’étranger las du bal masqué perpétuel de Constantinople ; puis vous longez une muraille que débordent des brindilles de vigne et de vigoureuses frondaisons de figuier, et vous arrivez à un charmant petit golfe qui fait face aux Îles-des-Princes. Vous entendrez peut-être, sous les beaux arbres penchés qui garnissent l’escarpement de la rive, ronfler le tarbouka, grincer le rebec et piauler la flûte, accompagnant des voix nasillardes : mais ne vous arrêtez pas, ce ne sont que de simples chanteurs de café ; descendez et remontez cet étroit sentier à pic taillé dans la falaise,