Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/119

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
107
EXCURSION EN GRÈCE.

fait tout véritable osmanli ; mais, malgré moi, je sentais poindre en mon cœur un invincible désir, une fiévreuse curiosité de voir ce visage dérobé si obstinément. À quoi bon cette fantaisie sans but et sans résultat possible ? Cette fleur née dans le harem, destinée à y mourir obscurément après avoir épanché des parfums et fait briller ses couleurs pour un maître unique et jaloux, je voulais l’entrevoir, ne fût-ce qu’une minute, ne fût-ce qu’une seconde, pour en dérober une empreinte, comme le naturaliste le fait pour une de ces plantes rares qui poussent sur une Alpe inconnue.

Deux ou trois jours d’observation discrètement opiniâtre n’avaient amené aucun résultat ; mes yeux attentifs, et toujours braqués de ce côté, épiaient vainement l’occasion de commettre un larcin, malgré la complicité du vent qui soufflait à pleines joues et tourmentait les draperies de la jeune femme : le voile avait été sévèrement maintenu et rendait inutiles mes longues factions sur le pont. Enfin, un matin qu’il n’y avait que moi