Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/124

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L’ORIENT.

roide, aux grâces mécaniques des femmes européennes qui se trouvaient là et regardaient, s’imaginant être charmantes, à peu près comme on regarde une guenon habillée, d’un air de curiosité mêlée de dégoût, cette pauvre fille du Gange, frissonnant sous le soleil d’Orient, glacé pour elle, et je donnais la préférence à l’Indienne. Je ne remarquai pas qu’elle eût pour les aliments apprêtés à l’européenne les répugnances que manifestaient Amani, Saonderoun et Ramgoun ; mais, en m’approchant d’elle je vis à son poignet un tatouage bleu formant le monogramme de l’inscription tracée sur l’écriteau de la croix : J. N. R. J. ({Jésus de Nazareth, roi des Juifs). Elle ne croyait plus à la Trimurti de Brahma, de Wishnou et de Shiva, mais, au Père, au Fils et au Saint-Esprit : elle était chrétienne.

L’Anglais, chef de la famille, homme d’une correction et d’une élégance de tenue irréprochables, avait cependant rapporté de l’Inde quelques bizarreries de costume, commandées sans doute par le climat, et qu’il trouvait commode de conserver sous ce soleil de