Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/21

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VENISE.

Vénitiens un grand sujet d’étonnement.

Mais voici le revers de la médaille. Venise est une ville admirable comme musée et comme panorama, et non autrement. Il faut la voir à vol d’oiseau. L’humidité y est extrême ; une odeur fade, dans les chaudes journées d’été, s’élève des lagunes et des vases ; tout y est d’une malpropreté infecte. Ces beaux palais de marbre et d’or, que nous venons de décrire, sont salis par le bas d’une étrange manière ; l’antique Bucentaure lui-même, que les Français ont brûlé pour en avoir la dorure, n’était pas, s’il en faut croire les historiens, plus à l’abri de ces dégoûtantes profanations que les autres édifices publics, malgré les croix et les rispetto dont ils sont couverts. À ces palais s’accrochent comme un pauvre au manteau d’un riche, d’ignobles masures moisies et lézardées qui penchent les unes vers les autres, et qui, lasses d’être debout, s’épaulent familièrement aux flancs de granit de leurs voisines. Les rues (car il y a des rues à Venise, bien qu’on n’ait pas l’air de le croire) sont étroi-