Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/112

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— Tu fais bien, maître, de couvrir de ta protection ces hommes doux et inoffensifs, dit Nagato, mais prends garde que le bruit qui glisse de bouche en bouche et t’accuse d’être chrétien ne prenne de la consistance et que tes ennemis ne s’en servent contre toi.

— Tu as raison, ami, j’attendrai que ma puissance soit fermement établie pour déclarer mes sentiments et racheter autant qu’il me sera possible le sang versé sous mes yeux. Mais je vais te quitter, cher malade, tu te fatigues et le médecin t’a ordonné le repos. Aie patience, ta convalescence touche à sa fin.

Le siogoun s’éloigna en jetant à son ami un affectueux regard.

Dès qu’il fut sorti, Loo se releva enfin ; il bâilla, s’étira, et fit mille grimaces.

— Allons, Loo, dit le prince, va courir un peu dans les jardins, mais ne jette pas de pierres aux gazelles et n’épouvante pas mes canards de la Chine.

Loo s’enfuit.

Lorsqu’il fut seul, le prince tira vivement de dessous son chevet une lettre enfermée dans un sachet de satin vert ; il la posa sur son oreiller, y appuya sa joue et ferma les yeux pour dormir.

Cette enveloppe était celle que lui avait donnée la Kisaki ; il la conservait comme un trésor, et sa seule joie était d’en respirer le léger parfum. Mais, à son grand chagrin, il lui semblait que, depuis quelques jours, ce parfum s’évaporait ; peut-être, habitué à le respirer, ne le sentait-il plus aussi vivement.

Tout à coup le prince se redressa il songeait qu’à l’intérieur de l’enveloppe, ce parfum si subtil, si délicieux s’était sans doute mieux conservé. Il rompit le sceau qu’il n’avait pas encore touché, croyant que l’enveloppe était vide ; mais, à sa grande sur-