Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/120

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


coulé hors de tes veines. Tu es pâle comme ces fleurs de jasmin.

Elle lui montrait une branche épanouie qu’elle tenait entre ses doigts.

— Tu as dû souffrir beaucoup, ajouta-t-elle.

— Ah ! puis-je t’avouer, s’écria Nagato, que pour moi la douleur physique est un soulagement : il est une autre blessure plus poignante, celle dont je meurs, qui ne me donne pas de repos

— Quoi dit la Kisaki en cachant dans un sourire une profonde émotion, est-ce ainsi que tu te conformes à mes volontés ? N’as-tu pas entendu que la gaieté seule règne ici ? Ne parle donc plus de mort ni de tristesse laisse ton âme se détendre au milieu des effluves de cette belle et fortifiante nature. Tu passeras quelques jours ici, tu verras quelle vie champêtre et charmante nous menons dans cette retraite. Nous rivalisons de simplicité avec nos antiques aïeux, les pasteurs, qui, les premiers, plantèrent leurs tentes sur ce sol. Iza-Farou, continua-t-elle en interpellant la princesse qui passait devant la maison, j’ai envie d’entendre des histoires, rappelle nos compagnons et mets fin à leur entretien politique.

Bientôt tous les privilégiés admis à l’intimité de la souveraine furent rassemblés.

On rentra dans la première salle de l’habitation. La Kisaki gagna une estrade très basse, couverte de tapis et de coussins, et s’y coucha à demi. Les femmes s’installèrent à gauche, les hommes à droite, et aussitôt des serviteurs posèrent à terre, devant chacun un petit plateau d’or, couvert de friandises et de boissons tièdes.

Par tous les panneaux ouverts l’air embaumé des bois pénétrait dans cette pièce assez vaste, laquelle