Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/122

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Le loup médita profondément et chercha le moyen de faire cesser cet état de choses. Tout à coup il disparut et on le crut mort. Quelques audacieux se risquèrent sur le chemin, ils virent alors une belle jeune fille qui leur souriait.

— Voulez-vous me suivre et venir vous reposer dans un lieu frais et charmant ? leur dit-elle.

On n’eut garde de refuser, mais dès qu’elle fut loin de la route, la jeune fille redevint un vieux loup et croqua les voyageurs ; puis il reprit sa forme gracieuse et retourna au bord de la route. Depuis ce temps il n’est pas un voyageur qui ne soit tombé dans la gueule du loup !

Les princes applaudirent fort à cette histoire ; mais les femmes se récrièrent.

— Cela veut dire que nous sommes des pièges dangereux cachés par des fleurs, dirent-elles.

— Les fleurs sont si belles que nous ne verrons jamais le piège, dit le prince de Tsusima en riant.

— Allons, dit la reine, Simabara boira deux tasses de saké pour avoir blessé les femmes.

Simabara vida les tasses gaiement.

— Autrefois, dit la princesse Iza-Farou, en lançant un regard malicieux à Simabara, les héros étaient nombreux : on parlait de Asahina, qui saisissait de chaque main un guerrier tout cuirassé et le lançait loin de lui, de Tamétomo et de son arc formidable, de Yatsitsoné qui n’avait pour bouclier que son éventail ouvert, de combien encore leurs grandes aventures emplissaient les causeries. On affirmait, entre autres choses, qu’un jour, Sousigé, le cavalier sans rival, revenant de voyage, aperçut plusieurs de ses amis accroupis autour d’un damier ; il lança alors son cheval par dessus leurs têtes, et le cheval se tint immobile sur ses pieds de