Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/160

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s’en occupât encore moins ; il rendit sa puissance illusoire… Écoute, continua Hiéyas en baissant la voix, cette puissance, il faut l’affaiblir encore ; il faut que le mikado n’aie plus que le titre de souverain ; accable-le d’honneurs, divinise-le de plus en plus, de façon qu’il lève ses regards vers le ciel et les détourne définitivement de la terre. Taïko a été interrompu par la mort dans l’accomplissement de son œuvre, qui est à peine commencée ; les princes sont encore puissants et riches. Poursuis cette œuvre après moi, morcelle les royaumes, jette la discorde entre les seigneurs ; si deux amis ont des principautés voisines l’une de l’autre, interdis-leur de résider en même temps dans leurs domaines si ce sont deux ennemis ; laisse-les se rapprocher au contraire. La guerre éclatera entre eux et l’un au moins sera affaibli. Garde toujours leurs femmes à Yédo. Mets à la mode un luxe ruineux, les femmes t’aideront en ceci. Épuise les coffres des maris, qu’ils soient contraints a vendre leurs terres. Si l’un d’eux cependant est riche au point de pouvoir fournir à toutes ces dépenses, rends-lui visite, et que, pour accueillir dignement un tel honneur, il soit forcé de dépenser sa dernière lame d’or. Aie soin de fermer rigoureusement le Japon aux étrangers : les princes pourraient former avec eux des alliances redoutables. Donc, que pas un navire venant de contrées lointaines ne soit accueilli dans nos ports. Recherche les chrétiens et massacre-les impitoyablement : ils sont capables de fomenter l’insubordination et la révolte. Tu m’as bien compris, mon fils ? Tu dois t’efforcer de faire du Japon un royaume soumis à un seul maître. Mais ce but sera difficile et long à atteindre et la vie de l’homme est courte c’est pourquoi, quand le temps aura blanchi tes cheveux, tu appelleras ton fils comme