Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/18

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— Notre pauvre maître n’a pas de raison, disait une femme âgée, en secouant des gouttes de parfum sur un manteau de cérémonie. Toujours des fêtes, des promenades nocturnes, jamais de repos ; il se tuera.

— Oh ! que non, le plaisir ne tue pas, dit un jeune garçon à la mine insolente, vêtu de couleurs vives.

— Qu’en sais-tu, puceron ? reprit la servante. Ne dirait-on pas qu’il passe sa vie en réjouissances comme un seigneur ? Ne parle pas aussi effrontément de choses que tu ne connais pas !

— Je les connais peut-être mieux que toi, dit l’enfant en faisant une grimace, toi qui n’es pas encore mariée, malgré ton grand âge et ta grande beauté.

La servante envoya le contenu de son flacon à la figure du jeune garçon, mais celui-ci se cacha derrière le disque d’argent d’un miroir qu’il frottait pour le rendre limpide, et le parfum s’éparpilla à terre. Le valet avança la tête lorsque le danger fut passé.

— Veux-tu de moi pour mari ? dit-il, tu me donneras de tes années, et à nous deux nous ferons un jeune couple !

La servante, dans sa colère, laissa échapper un éclat de voix.

— Te tairas-tu, à la fin ? dit un autre serviteur en la menaçant du poing.

— Mais il est impossible d’entendre ce jeune vaurien sans s’irriter et rougir !

— Rougis tant que tu voudras, dit l’enfant, cela ne fait pas de bruit.

— Allons, tais-toi, Loo ! dit le serviteur.

Loo fit un mouvement d’épaules et une grosse moue, puis il se remit nonchalamment à frotter le miroir.

À ce moment, un homme entra dans la salle :