Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/206

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— Tu pourrais être général aussi bien que moi, dit Harounaga.

Le prince eut un sourire de mépris qu’il dissimula derrière son éventail.

Les barques chargées d’hommes quittèrent la côte, le général monta dans le bateau qui portait le prince.

Loo avait ramassé une sorte de trompette et il soufflait dedans, penché à l’avant, de toutes ses forces.

Les soldats de Hiéyas attendaient, massés sur le rivage, prêts à s’opposer de toute leur puissance au débarquement ; les flèches commencèrent à s’envoler de part et d’autre.

Le prince de Nagato fit avancer à droite et à gauche une barque pleine d’hommes armés de fusils. Ils accablèrent d’une décharge presque continuelle leurs ennemis, qui n’avaient pas d’armes à feu.

Sur les rivages, une furieuse lutte corps à corps s’engagea. On se battait les jambes dans l’eau ; les coups de sabre faisaient sauter de l’écume. Quelquefois deux adversaires s’entraînaient l’un l’autre, roulaient et disparaissaient. Plusieurs cadavres, un grand nombre de flèches, flottaient sur les vagues.

On s’accrochait aux embarcations, on les poussait violemment au large ; un puissant coup d’aviron les ramenait. Alors on se pendait d’un seul côté pour les faire chavirer. Les mains cramponnées aux rebords étaient frappées à coups de sabre, le sang jaillissait, puis, comme des lambeaux déchirés, traînait sur l’eau.

Dès qu’une barque était vide, elle allait en toute hâte chercher d’autres soldats. Bientôt les partisans de l’usurpateur furent accablés. Ils se rendirent.

Les morts, les blessés étaient nombreux. On coucha ces derniers sur le sable, on les pansa, on les encouragea avec des paroles douces et fraternelles. N’é-