Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/221

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— Toute parole sortie de ma bouche est parole de vérité, dit Nagato, cette femme est l’épouse de mon aïs, puisque les promesses ont été échangées, la guerre seule a retardé les noces.

— Eh bien, Ivakoura viendra chercher sa fiancée dans le château des princes de Toza, et la rançon, qu’il devra donner pour la ravoir, sera proportionnée à la valeur du trésor que j’emmène avec moi.

— Qu’as-tu fait ? qu’as-tu fait ? disait le vieux prince en soupirant. Comment oserai-je annoncer à mon fils que son épouse est prisonnière ?

— Réjouis-toi, au contraire, dit le prince de Toza, car vois à quel point je suis magnanime, je te laisse la vie, à toi et à ton fils, et à tous ceux de ta maison, je te permets de relever les murs effondrés de ton château, je me contente de cette seule captive.

— Je suis prête à te suivre, dit Fatkoura, heureuse d’être sacrinée au salut de tous ; puis-je emmener avec moi une suivante ?

— Une ou plusieurs, et le bagage que tu voudras, dit le prince de Toza, tu seras traitée par moi comme doit l’être une souveraine.

Le soir même, Fatkoura quitta le château de Nagato.

Elle essaya, en vain de retenir ses larmes en franchissant la porte, dans son norimono porté par les gens du vainqueur.

— Jamais je ne rentrerai dans cette demeure ! s’écria-t-elle.

Tika pleurait aussi.

Lorsqu’on fut à une petite distance, Fatkoura fit arrêter les porteurs du palanquin et, penchée hors de la fenêtre, elle regarda une dernière fois la forteresse d’Hagui qui se découpait au faîte de la colline, en noir, sur le ciel rouge.