Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/253

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sous la ville et sous les fossés pour pénétrer dans la forteresse ; il la savait imprenable de vive force, et cette tentative hardie pouvait réussir. La perte des deux mille soldats pris à l’île de la Libellule l’avait contrariée ; mais le succès du général Hachisuka, s’emparant d’un village tout proche d’Osaka, le consola. Il attendait impatiemment l’issue de l’aventure, assis sous sa tente, regardant devant lui l’océan, qui secouait les jonques de guerre. La mer était très houleuse ; un vent de tempête soufflait du large et soulevait de hautes vagues dont les cimes aiguës écumaient.

Il ne faisait pas bon pour les petites embarcations, pour les bateaux de pêcheurs.

La flotte du prince de Nagato justement était en mer.

Elle était partie de Soumiossi dans l’intention de se rapprocher du point occupé par l’ennemi, pour voir s’il était en force, et si vraiment Hiéyas s’était avancé jusque-là. Nagato ne voulait pas le croire.

Mais le vent se leva et brusquement devint furieux.

— Cinglons vers la terre, et promptement, s’écria Raïden en regardant l’horizon duquel s’élevaient, comme des montagnes, des nuages couleur d’ardoise.

— Tu crois que nous ne pouvons pas tenir la mer ? demanda le prince.

— Si nous sommes encore ici dans une heure, nous ne reverrons plus la terre.

— Par bonheur, la bourrasque souffle du large, dit Nata, et nous serons poussés droit à la côte.

— Allons, dit Nagato, d’autant plus que l’allure que prend le bateau me convient médiocrement. Est-ce que cela va durer ainsi ?

— Certes, dit Raïden, la voile nous soutiendra bien un peu, mais nous danserons.