Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/275

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On se remit au galop pour rejoindre le prince et ceux qui l’accompagnaient.

— L’enfant est revenu ? demanda Nagato.

— Oui, maître, et il apporte la tête de l’homme qui te ressemblait, s’écria Raïden avec une sorte d’orgueil paternel.

— Je n’ai pas fait que cela, dit Loo qui regardait toujours en arrière, voyez la-bas ces lueurs roses, ne croirait-on pas que le soleil se lève.

— En effet, le ciel est illuminé, dit le prince, on dirait un reflet d’incendie.

C’est justement cela, dit Loo en battant des mains, la forêt brûle.

— Tu as mis le feu ! s’écria Raïden.

— N’avais-je pas jure de venger nos belles barques qui sont là-bas sur la plage, réduites en cendres ? dit Loo avec dignité.

— Comment as-tu fait ? raconte-nous cela, dit le matelot.

— Ah ! s’écria Loo, je vais vous le dire : Dès que j’eus volé la tête du supplicié, j’entendis des cris de toutes parts. Alors je cherchai un cheval pour être prêt à m’enfuir. Cependant je n’avais pas l’idée de m’en aller encore. Lorsque je fus sur la monture de mon choix, je cassai une branche résineuse, et je l’allumai à une lanterne, que je décrochai et que je jetai ensuite dans la paille des litières. Cette paille s’enflamma aussitôt, et le vent soufflant sur ma torche l’activait. Je m’éloignai mettant le feu partout. À ma grande surprise, les soldats, au lieu de sauter sur moi et de me tordre le cou, se jetaient à genoux en m’apercevant, tendaient les mains vers moi et me suppliaient de les épargner, les uns me prenaient pour Tatsi-Maki, le dragon des Typhons, les autres pour Marisiten, et