Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/298

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qu’importe tout cela, je donnerais mon royaume et le monde entier, pour apercevoir seulement ce joli creux qui se forme au coin de tes lèvres quand tu souris.

— Ah dit la reine, moi aussi, je donnerais gaiement mon diadème et toutes les splendeurs qui m’environnent, pour être ton épouse et vivre près de toi ; mais ne songeons pas à ce qui est impossible, ajouta-t-elle, souvenons-nous que notre espoir franchit les limites de ce monde.

En disant cela elle leva les yeux vers le ciel.

— Vois donc, ami ! s’écria-t-elle, ces nuées qu’illuminent des reflets sanglants, le soleil se couche déjà, est-ce possible ?

— Hélas ! dit le prince, il faut donc retourner parmi les hommes.

— Ne sois pas trop triste, murmura-t-elle, puisque nous nous reverrons.

Le prince se leva et chercha les chevaux. Celui qu’il avait monté était tombé épuisé, il expirait. L’autre, très las, s’était arrêté à quelques pas. Il l’amena près de la reine et l’aida à se mettre en selle ; puis il jeta un regard d’adieu, plein de regret, à cette vallée qu’il allait quitter ; avec un profond soupir, il prit le cheval par la bride et commença à le guider sur le gazon.

Au moment où la Kisaki et le prince s’éloignaient, le buisson qui les avait abrités s’agita, et un homme qui y était caché s’enfuit.