Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/310

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et de pudeur l’y avait arrêté. Cette fois encore Fidé-Yori se troublait et détournait les yeux.

— Qu’est-ce donc ? se disait Nagato.

Puis il ajouta à haute voix :

— Je te promets de ne plus te quitter, une fois ma vengeance accomplie.

En sortant de l’appartement du siogoun, le prince de Nagato rencontra Yodogimi.

— Ah ! te voilà, beau vainqueur, lui dit-elle avec amertume, tu viens recueillir les louanges méritées par ta belle conduite.

— C’est seulement, tombant de tes lèvres charmantes, qu’une louange me serait douce, dit le prince en s’inclinant avec une politesse un peu outrée, mais elles n’ont pour moi que des paroles rudes et méprisantes.

— Si nous sommes ennemis, c’est que tu l’as voulu, dit Yodogimi.

— J’ai toujours désiré ne pas te déplaire, mais mon peu de mérite m’a trahi. Tu m’as déclaré la guerre, cependant je ne l’ai pas acceptée et je suis resté ton esclave.

— Un esclave très peu humble et qui attire sur lui toute la lumière, ne permettant à personne de briller à côté de lui.

— Suis-je vraiment si resplendissant ? dit le prince. Voici que malgré toi tu laisses échapper les louanges que tu me refusais.

— Cesse de railler ! s’écria Yodogimi, je suis bien aise de te le dire, tandis que tout le monde t’aime et t’acclame, moi, je te hais.

— Elle ne me pardonne pas la défaite de Harounaga, murmura le prince.

Yodogimi s’éloigna en jetant à Nagato un regard