Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/338

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mon ami le plus cher, mon frère dévoué, tu viens de perdre la femme que tu aimais, elle est morte d’une mort affreuse, et j’insulte à ta douleur en te parlant de mon amour et de mon espoir. J’ose être joyeux quand tu es désolé.

— Maître, dit Nagato, je ressens un profond chagrin de la perte de celle qui est morte pour moi, j’éprouvais pour elle une affection fraternelle, mais ma fiancée n’était pas la femme que j’aimais.

— Que dis-tu, s’écria Fidé-Yori, tu me retires un poids énorme de dessus le cœur, je te croyais à jamais désespéré. Tu peux donc être heureux encore, autant que moi.

Ivakoura secoua la tête.

— Mon amour est fait de lumière et d’ombre, dit-il. Je ne serai jamais complétement heureux ; il comporte une part de joie céleste et une part de souffrances profondes ; tel qu’il est, cependant, c’est toute ma vie.

— Qui donc aimes-tu ? dit Fidé-Yori.

— Oh ! maître, dit le prince, en mettant la main sur ses yeux, ne me le demande pas.

— C’est si doux de parler de l’être aimé. Vois, depuis que tu es mon confident, ma peine a diminué de moitié.

— Je suis condamné au silence.

— Même vis-à-vis de moi ? C’est ainsi que tu m’aimes ! Je regrette de t’avoir ouvert mon cœur.

— Dès que je t’aurai avoué quelle est celle que j’aime, tu ne m’en reparleras jamais.

— Est-ce ma mère ?

— Non, dit Nagato en souriant.

— Qui est-ce ? Je t’en conjure, dis-le moi !

— La Kisaki.

— Malheureux ! s’écria Fidé-Yori.