Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/347

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Toupie-Ronflante, l’acteur fameux qui n’avait pas son pareil. Un riche marchand de soieries lui avait dédié cette toile e ; lle ne devait être remplacée que le jour où la Toupie-Ronflante serait surpassé ou égalé par un de ses confrères.

Le rideau s’agita, et un homme, le soulevant un peu, passa par dessous. Dès qu’il apparut, le brouhaha qui emplissait la salle cessa brusquement. L’homme saluait le public avec toute sorte de simagrées. Il était vêtu comme un riche seigneur et tenait entre ses mains un rouleau de papier qu’il commença à dérouler.

On attendait ses paroles dans un silence profond. Cependant tous savaient bien que personne n’en pourrait démêler le sens, car telle est la mission de cet individu : il doit parler sans être compris. Si l’on découvre quelque chose du véritable sens de ce qu’il lit sur son rouleau, il a manqué son but. Cependant il doit lire le texte exactement, sans en passer un mot, sans rien ajouter. Cet écrit contient le résumé de la pièce qui va être jouée, le nom des personnages, des acteurs, des lieux où l’action se passe. L’annonciateur, en coupant les mots, les phrases, en s’arrêtant où il ne faut pas, en joignant ce qui doit être séparé, arrive à défigurer complétement ce texte, à créer des quiproquos, à produire des phrases bouffonnes, dont le public rit aux larmes. Cependant on prête l’oreille, on essaye de reconstituer le sens véritable. Mais l’annonciateur est habile : il se retire sans qu’on ait pu découvrir de quoi il s’agit.

Lorsqu’il a disparu, une musique formidable se fait entendre derrière la scène et le rideau se lève.

La scène représente une chambre élégante, avec une large fenêtre qui ouvre sur un paysage. De riches pa-