Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/367

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— Il faut de l’assurance, se dit-elle ; si je manifeste la moindre inquiétude, il se défiera de moi.

Elle marcha droit à la porte. L’homme dormait sans doute, car le bruit qu’elle fit en s’avançant ne l’attira pas dehors. Omiti mesura des yeux la barrière. Il était impossible de la franchir ; une herse, de tiges de fer entrecroisées, la surmontait.

La jeune fille, avec un battement de cœur, alla frapper contre les planches de la cahute.

Le gardien sortit avec une lanterne. Il était bien emmitouflé dans une robe ouatée, et sa tête disparaissait sous les enroulements d’une étoffe de laine brune, il avait l’air maladif et abruti par l’ivrognerie.

— Qu’est-ce qu’il y a ? dit-il d’une voix enrouée, en élevant sa lanterne à la hauteur du visage d’Omiti.

— Ouvre-moi cette porte, dit la jeune fille.

Le gardien éclata de rire.

— T’ouvrir à l’heure qu’il est ? s’écria-t-il, tu as perdu l’esprit.

Et il tourna les talons.

— Écoute, dit-elle en le retenant par sa robe, mon père est malade et m’envoie quérir le médecin.

— Eh bien, il n’en manque pas de médecins dans le quartier, il y en a un à dix pas d’ici, il y en a un autre dans la rue de la Cigale-d’Automne, et un troisième au coin du sentier des Maraudeurs.

— Mais mon père n’a confiance qu’en un seul qui habite dans le quartier voisin.

— Rentre chez toi et dors bien, dit l’homme ; tu me contes là un mensonge, mais je ne suis pas facile à tromper, bonsoir.

Il allait refermer l’entrée de la cahute.

— Laisse-moi sortir, s’écria alors Omiti désespérée,