Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/370

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la tête aux pieds ; tout oscillait devant ses yeux, ses tempes battaient, ses oreilles bourdonnaient. Elle se hâta vers la porte. Les sentinelles croisèrent leurs lances devant elle.

— On ne passe pas, dirent-ils.

— Si ! il faut que je passe tout de suite, que je voie le roi, sinon vous serez sévèrement punis ! s’écria Omiti d’une voix entrecoupée.

Les soldats haussèrent les épaules.

— Allons ! arrière, femme ! tu es ivre ou folle, va-t’en !

— Je vous en conjure, laissez-moi entrer ; appelez quelqu’un, il me semble que je vais mourir ; mais avant, il faut que je parle au roi ! il le faut, entendez-vous ? Ne me laissez pas mourir sans avoir parlé.

Sa voix était tellement douloureuse et suppliante que les soldats s’émurent.

— Qu’a-t-elle donc ? dit l’un, elle est pâle comme la neige ; elle pourrait bien mourir comme elle le dit.

— Et si elle avait quelque chose à révéler ?

— Faisons-la conduire au prince de Nagato, il jugera s’il y a lieu de l’écouter.

— Allons, entre, dit l’un des soldats, nous avons pitié de toi.

Omiti fit quelques pas en chancelant, mais ses forces la trahirent. Elle saisit précipitamment sur sa poitrine une fleur desséchée et la tendit aux soldats ; puis, avec un cri étouffé, elle tomba à la renverse.

Les soldats inquiets et embarrassés se consultèrent du regard.

— Si elle est morte, dit l’un, on va nous accuser de l’avoir tuée.

— Nous ferions bien de la jeter dans le fleuve.