Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/395

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— Tu viens de la part de Hiéyas ? toi s’écria, le général d’un ton plein de reproches.

— Oui, ami, je crois au génie puissant de cet homme ; je sais à quel point son triomphe serait utile au pays, et pourtant, maintenant que je suis en ta présence, j’ose à peine exprimer la proposition que je suis chargé de te faire.

— Est-elle donc honteuse ?

— Voici, tu en jugeras : Hiéyas est pénétré d’estime pour ta valeur, et il pense que triompher de toi serait pour lui une défaite, car ta mort priverait le pays de son meilleur guerrier. Il te propose de te rallier à lui. Tes conditions seraient les siennes.

— Si Hiéyas a vraiment de l’estime pour moi, répondit Yoké-Moura, pourquoi feint-il de croire que je suis capable de me vendre ? Tu peux lui dire que me donnât-il la moitié du Japon, je ne réfléchirais même pas à sa proposition, et que je mets ma gloire à rester fidêle au maître que j’ai toujours servi, et à mourir pour lui.

— Je m’attendais à cette réponse, et si j’ai accepté cette mission que l’on me proposait, c’est que j’ai cédé au désir de revoir mon ancien compagnon.

— Tu ne craignais pas les justes reproches que je puis te faire ?

— Non, car je ne me sentais pas coupable. À présent je ne sais quel remords me tourmente devant ton dévouement tranquille et héroïque. Je trouve que mes actions, dictées par la sagesse, ne valent pas la folie de ta fidélité aveugle.

— Eh bien ! il est temps encore de te repentir, reste avec nous.

— Je le ferai, ami. Hiéyas comprendra, en ne me