Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/403

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— Mon fils, lui dit-il, rentre dans la ville, rejoins le siogoun et dis-lui qu’il ne me reste plus qu’à mourir glorieusement pour lui, ce que je compte faire avant ce soir. Reste auprès du maître tant qu’il vivra et meurs avec lui.

— Mon père, dit Daïské en jetant un regard suppliant au général, je préférerais mourir près de toi.

— Fais ce que je te commande, mon fils, dit Yoké-Moura, dont la voix tremblait un peu.

Une larme roula sur la joue de l’enfant ; mais il n’objecta rien et s’en alla.

Le général le suivit des yeux un instant, tandis qu’il descendait la colline. Il soupira, puis brusquement se jeta dans la bataille.

Sans avoir combattu, sans avoir échangé une flèche avec l’ennemi, l’armée du siogoun était rentrée en désordre dans la ville. Le peuple n’y voulait pas croire. Qu’était-il arrivé ? Comment la déroute précédait-elle le combat ?

Voici ce qui s’était passé : Harounaga, abandonnant brusquement la position qu’il occupait sur la colline, était accouru vers Fidé-Yori, accompagné d’un homme qui venait du camp de Hiéyas. Cet homme, qui était un parent de Harounaga, affirmait que la plus grande partie de l’armée était vendue à Hiéyas et, qu’au moment du combat, Fidé-Yori serait enveloppé par ses propres soldats et fait prisonnier. Il disait avoir surpris ce secret et être accouru pour prévenir le siogoun et l’empêcher de tomber dans un piège odieux.

— Rentre dans la forteresse, disait-il à Fidé-Yori, à l’abri de ses remparts, tu peux encore te défendre et mourir noblement, tandis qu’ici tu es à la merci du vainqueur.