Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/410

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— Non ! non ! s’écria l’enfant qui se cramponnait à la robe de son maître, je ne veux pas partir, je veux mourir avec toi.

— L’obéissance est la première vertu d’un bon serviteur, Loo, dit le prince doucement, je t’ordonne d’obéir désormais à notre maître à tous deux, et de le servir jusqu’à la mort.

Loo se précipita en sanglotant dans l’escalier obscur du souterrain, les deux femmes le suivirent, puis le siogoun descendit à son tour.

— Adieu ! adieu ! mon ami, mon frère, toi, le plus beau, le plus noble, le plus dévoué de mes sujets ! s’écria-t-il en laissant couler ses larmes.

— Adieu, illustre ami, dit le prince, puisse ton bonheur durer aussi longtemps que ta vie !

Il referma l’entrée du souterrain. Il était seul, enfin. Alors il retourna dans la cour du palais et prit, au brasier qui brûlait encore, un fragment de bois enflammé, il mit le feu à tous les pavillons princiers, au palais de Fidé-Yori, dont il parcourut toutes les salles, puis il gagna la tour des Poissons-d’Or, et d’étage en étage, alluma l’incendie. Arrivé sur la dernière terrasse, il jeta son tison brûlant et s’accouda à la balustrade de la laque rouge de la plate-forme, qu’une très vaste toiture relevée des bords, soutenue par quatre lourds piliers, surmontait.

Le prince regarda vers la mer. La petite barque était déjà à l’embouchure du Yodo-Gava. Seule sur l’eau, elle semblait attirer l’attention des soldats victorieux qui campaient le long de la plage ; mais Raïden, le pêcheur, jeta son filet, et les soldats rassurés laissèrent passer le bateau. Au large, la jonque du prince de Satsouma faisait une petite tache brune, sur la pourpre du soleil couchant. L’atmosphère était d’une