Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/412

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à surmonter l’éclat du jour. Le palais du siogoun, au pied de la tour, était une large fournaise qui, vue d’en haut, paraissait comme un lac de feu, agité par une tourmente. Les flammes se croisaient, tourbillonnaient, formaient des volutes comme les vagues dans la tempête. Par instant, un nuage de fumée rousse passait devant les yeux du prince, lui voilant l’horizon. Tous les étages de la tour brûlaient, un ronflement formidable, mêlé à une perpétuelle crépitation, emplissait ses flancs. La dernière plate-forme, cependant, n’était pas encore atteinte, mais déjà le plancher se crevassait, oscillait. Une flamme monta et toucha le bord de la toiture supérieure.

— Viens donc, feu libérateur, s’écria le prince, viens apaiser la brûlure dévorante de mon âme, t’efforcer d’éteindre la flamme inextinguible de mon amour !

Il prit sur sa poitrine un papier froissé et le déploya. Il le porta à ses lèvres, puis le lut une dernière fois, à la lueur de l’incendie.

« Un jour les fleurs s’inclineront pour mourir, elles laisseront tomber comme un diamant leur âme lumineuse, alors les deux gouttes d’eau pourront se rejoindre et se confondre. »

La chaleur était intolérable. Le papier brûla tout à coup entre les doigts du prince. L’air lui manquait, il se sentait mourir.

Ma bien-aimée ! s’écria-t-il, je pars le premier, ne me fais pas attendre trop longtemps, au rendez-vous.

Comme les pétales énormes d’une fleur de feu, les flammes enfermèrent la dernière terrasse, elles s’étendirent sur la toiture ; les deux gigantesques poissons d’or se tordirent, sur la crête du toit, comme