Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/77

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de nouveau à la gorge et m’étranglait. La jeune fille avait découvert son épaule, modestement, comme si nous avions eu des yeux.

— C’est là, disait-elle ; je me suis donné un coup et le médecin a dit que quelques frictions me feraient du bien.

Nagato commença à masser ! a jeune fille avec un sérieux étonnant, mais tout à coup il sembla oublier son rôle d’aveugle.

— Quels beaux cheveux vous avez ! dit-il. Certes, pour adopter la coiffure des femmes nobles, vous n’auriez pas besoin d’user comme elles des artifices destinés à allonger la chevelure.

La jeune fille poussa un cri et se retourna ; elle vit les yeux très ouverts de Nagato qui la regardaient.

— Mère, s’écria-t-elle, ce sont de faux aveugles !

La mère tomba assise à terre et, la stupeur lui ôtant toutes ses facultés, elle ne fit aucun effort pour se relever, mais elle se mit à pousser des piaillements d’une acuité extraordinaire.

Le père accourut tout effrayé.

Moi, j’avais donné un libre cours à mon rire et je me roulais le long des murs de la chambre, n’en pouvant plus. À ma grande surprise, le prince de Nagato se jeta aux pieds de l’artisan.

Pardonne-nous, disait-il, ta fille et moi nous voulions nous marier ensemble, et comme je suis sans argent j’avais résolu, comme c’est l’usage, de l’enlever pour éviter les frais de noces. Selon la coutume, tu nous aurais pardonnés après t’être fait un peu prier.

— Moi, épouser cet homme ! disait la jeune fille, mais je ne le connais pas du tout.

— Tu crois que ma fille voudrait pour époux un bandit de ton espèce, s’écria le père. Allons ! hors d’ici au