Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/80

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



— Oui, mais cela chagrinera le siogoun qui l’aime beaucoup et qui ne le laissera pas manquer d’argent.

— Tenez ! s’écria le prince de Toza, voici Nagato qui rentre au palais.

Un cortège traversait les jardins, en effet. Sur les bannières, sur le norimono porté par vingt hommes, on pouvait voir les armes du prince : une ligne noire surmontant trois boules en pyramide. Le cortège passa assez près de la vérandah qui abritait les seigneurs, et par les portières du norimono ils aperçurent le jeune prince assoupi sur les coussins.

— Il ne viendra certes pas au lever du régent, dit un seigneur, il risquerait de s’endormir sur l’épaule d’Hiéyas.

— Nagato ne vient jamais saluer Hiéyas, il le déteste profondément, c’est son ennemi déclaré.

— Un pareil ennemi n’est guère à craindre, dit le prince de Toza. Au retour de ses folies nocturnes, il n’est capable que de dormir.

— Je ne sais si cela est l’avis du régent.

— S’il pensait autrement, supporterait-il de lui des injures propres à le faire condamner au hara-kiri[1]. Si le prince est encore vivant, c’est à la douceur d’Hiéyas qu’il le doit.

— Ou à la protection pleine de tendresse de Fidé-Yori.

— Sans doute Hiéyas n’est magnanime que par égard pour le maître, mais s’il n’avait que des ennemis de l’espèce de Nagato, il s’estimerait heureux.

Pendant que les courtisans s’entretenaient ainsi en attendant son réveil, Hiéyas, levé depuis longtemps,

  1. Mort qui consiste à s’ouvrir à soi-même le ventre. On condamne souvent les nobles à cette mort.