Page:Gautier - Le Collier des jours.djvu/40

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par exemple, — une salle à manger, longue et étroite, éclairée par une seule fenêtre à grands rideaux verts. Un parquet clair, très ciré, dont le bois formait des losanges — le parquet, si différent des carreaux de chez nous, était toujours ce qui me frappait le plus. — Le bas de la salle est ce que je vois le mieux, à cause de ma taille, la perspective des pieds, en chêne sculpté, des hautes chaises et le dessous de la table.

C’est là que nous attendions, debout, elle me tenant par la main, pour que je sois sage.

Bientôt une porte s’ouvrait, donnant passage au petit garçon. — Je me souviens qu’il se haussait pour la refermer. — Puis il courait à nous, embrassait ma nourrice et se baissait sur ses talons, pour se mettre à ma hauteur, et me faire des gentillesses.

Il m’apportait ses joujoux, m’offrait des friandises ; mais je ne répondais pas à ses avances, rencognée dans les jupes, la tête baissée, je le considérais, en dessous, le cœur très gros.

Une fois dehors, je ne me contenais plus ; moi qui ne pleurais jamais, je me jetais tout en larmes, dans les bras de ma chérie. Je ne sais si j’exprimais par des mots ce que j’éprouvais, mais elle le comprenait très bien, puisqu’elle m’assurait qu’elle n’aimait pas ce petit garçon-là comme elle m’aimait, qu’elle ne l’avait jamais