Page:Gautier - Le Collier des jours.djvu/52

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

canne à pomme d’argent que je remarquai tout de suite ; je compris bien qu’avec lui ça ne serait pas commode. Les tantes m’inquiétaient moins ; je les sentais sans volonté, assouplies à l’obéissance, et craintives devant leur père. Au premier aspect, elles semblaient à peu près pareilles ; il y avait pourtant des différences : tante Lili avait un nez long, gros du bout, de tout petits yeux et la bouche trop grande tandis que tante Zoé, qui ressemblait à son père, avait le nez court, les yeux ronds, et la bouche mince. Leurs cheveux noirs étaient ondulés et ramassés derrière la nuque en un simple chignon.

Une robe noire et plate, avec un volant dans le bas, les habillait toutes les deux de même.

La tante Lili était la plus douce, la plus molle, celle qui cédait tout de suite ; je la préférais, sans pouvoir dire que je l’aimais le plus. En réalité, je n’aimais pas. Sans doute, j’avais dépensé trop d’amour dans ma première enfance ; mon cœur, resté exclusif, n’avait plus rien à donner. Je ne retrouvais d’élan de tendresse que pour ma nourrice, toujours, quand elle venait me voir, et elle venait souvent, malgré l’énorme distance des Batignolles au Grand-Montrouge. Lorsqu’elle s’en allait, je la reconduisais à n’en plus finir, le plus loin possible, et elle devait jurer de revenir le lendemain.