Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/181

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Mais ceux dont l’esprit s’élève deviennent bientôt tristes, car les nuages noirs se balancent à moitié chemin du ciel.

Les hirondelles noires s’en vont, les cigognes blanches arrivent ; ainsi les cheveux blancs suivent les cheveux noirs.

Et c’est une règle unique sur toute la terre, comme il n’y a qu’une lune dans le ciel.


Puis il s’avança et regarda en bas.

— En effet, dit-il, je ne m’envolerai pas d’ici, c’est trop haut.

La ville se déroulait et miroitait à ses pieds ; il l’entendait murmurer comme une mer lointaine. La tour était placée à un angle du mur quadrangulaire qui enfermait tous les bâtiments de la prison ; elle surplombait légèrement une petite route sale et étroite où se promenaient continuellement des sentinelles tartares ? Ko-Li-Tsin s’amusa à regarder le réseau des rues et des carrefours, qui, vu de si haut, ressemblait aux fibrilles d’une grande feuille sèche ; et sa gaîté renaissante improvisa des vers.

— Un, deux, trois, quatre, dit-il, en comptant sur ses doigts :


Je vois la plaine et les montagnes bleues ; je vois aussi le grand ciel fin et tout uni.

La Capitale du Nord me paraît un immense troupeau de buffles, et le Palais de l’Empereur semble un grand éléphant couché à mes pieds.