Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/186

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second rang, si la fille du gouverneur le veut bien.

Il répandit tout le bol de riz destiné à son repas du soir ; la cigogne sauta sur les dalles de la terrasse et becqueta les grains rapidement.

Ko-Li-Tsin se promenait, plongé dans une réflexion profonde. Les vents s’étaient levés si fort, qu’ils faillirent, par deux fois, emporter sa calotte. Il se frappa le front et s’écria :

— Oh ! quelle idée !

Mais il se mit à rire de tout son cœur.

— Idée burlesque, ajouta-t-il.

Cependant il continua de marcher sur la terrasse, les yeux brillants, la bouche serrée.

— Pourquoi pas ? murmurait-il. Ce sera, en tout cas, une mort moins honteuse que la strangulation. Allons, l’entreprise est digne de Ko-Li-Tsin.

Prenant à sa ceinture son écritoire de voyage, il répondit brièvement à Yu-Tchin, roula sa lettre et l’attacha au cou de la cigogne. L’oiseau n’avait pas l’air d’être disposé à repartir sur-le-champ. Il s’était perché sur la balustrade et commençait une toilette consciencieuse. Ko-Li-Tsin essaya de le pousser, mais il voletait un instant et revenait. Ce ne fut qu’au moment où le soleil allait disparaître que la cigogne ouvrit ses ailes et descendit. Ko-Li-Tsin la suivit des yeux. Elle franchit le Lac du Nord et se posa sur une maison isolée, dont le large toit retroussé était surmonté d’un petit belvédère.

— Bon ! dit Ko-Li-Tsin, la maison est haute et peu éloignée. Aucun monument entre elle et ma