Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/209

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— Renverser notre glorieux Kang-Shi ! s’écria un personnage obèse, décoré du globule de Mandarin. Qui a dit cela ?

— Kang-Shi est glorieux en effet. S’il était d’une dynastie chinoise, reprit le pa-tsong, il serait inébranlable sur son trône de bronze ; mais il est Tartare ; il se pourrait qu’il fût renversé.

— Je ne crois pas qu’il puisse l’être, dit le seigneur Lou en riant, car les Bouddhas le protègent. Ne savez-vous pas ce qui s’est passé tout récemment dans la Pagode de l’Agriculture ?

— Je le sais, et mieux que vous peut-être, repartit le jeune chef. C’était quelques jours après le siège et l’incendie de la pagode de Koan-In. Le bruit courait que les bonzes du Temple de l’Agriculture conspiraient pour le retour et le triomphe des rebelles enfuis ; mais le Fils du Ciel avait défendu qu’on les inquiétât. Or, un soir, le grand bonze entra seul dans le temple afin de s’y livrer à des méditations pieuses ; en passant à côté de la grande cloche du seuil, il lui sembla qu’elle vibrait sourdement. Une heure après, lorsqu’il sortit, la cloche rendit un son plus fort, et cette fois le bonze s’arrêta, plein de terreur.

— Que veut dire cela ? s’écria-t-il en tremblant. Le Ciel a-t-il quelque chose à me révéler ?

— Oui, dit la cloche d’une voix terrible et sonore.

— Parle ! Qui es-tu ? dit le prêtre en se prosternant.

— Je suis le Dragon, et je viens te réprimander de ta conduite criminelle.