Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/227

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— Tu exagères, répondit Sin-Tou. Les grands marchands dédaignent de vendre peu et laissent des chalands aux industriels plus modestes.

— Enfin, où est la maison que tu veux louer ? dit le vieillard.

— C’est celle qui est en face de nous, dit majestueusement Sin-Tou.

— Oh ! oh ! et combien en veux-tu par année ? Elle est dans une rue bien peu aérée et sera bien malsaine pour un homme de mon âge.

— Malsaine ! s’écria le propriétaire ; apprends qu’ainsi abritée du vent et du soleil, elle est fraîche l’été et chaude l’hiver. La rue est peu aérée ! dis-tu. Ne vois-tu pas que la Ruelle des Libraires se croise avec la Ruelle de Kou-Toung, et que ma maison est placée dans un perpétuel courant d’air ?

— Et combien en veux-tu ?

— Mille pièces, dit le propriétaire sans hésiter.

— Mille pièces ! s’écria la vieille femme en ouvrant les bras avec effroi.

— Mille pièces ! répéta le vieillard en tremblotant.

— Pas un tsien de moins, dit Sin-Tou.

— Mais si je louais ta maison, il nous faudrait manger des rats crus et du riz moisi.

— C’est une bonne nourriture, répliqua le propriétaire.

— Et de quoi se compose la maison ? Elle doit être semblable au Palais du Fils du Ciel pour valoir tant de pièces ?