Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/304

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glantèrent, c’est à ce point que tu l’aimes ? c’est ainsi que tu dédaignes mon amour violent et soumis ? Eh bien ! je me souviens que je suis prince et formidable, que je commande au monde, que je suis l’Héritier du Ciel ; sache que tu m’aimeras, car je te contraindrai à m’aimer ; sache que je vais tuer ce vil laboureur, et que sa tête sera suspendue au poteau du marché.

— Le tuer ? dit Yo-Men-Li en souriant. Penses-tu que si je t’avais cru capable de déraciner ce cèdre altier je ne t’aurais pas arraché l’un de tes sabres pour te le plonger dans le cœur ? Non, fils du Dragon, tu ne tueras pas le grand Ta-Kiang.

— Il va mourir, il est mort puisque tu l’aimes ! Ah ! jeune fille plus féroce que les bourreaux, sans me laisser cueillir une seule fleur, tu as brisé mille épines cruelles dans mon cœur ! Sans me laisser une fois sourire, tu as brûlé mes yeux de larmes, et, pour faire fuir mon âme, tu me dis que tu aimes ce rebelle, ce fou, ce chien ! Attends, c’en est fait de lui, et, comme un boucher, je dépècerai son corps et je t’en ferai manger les morceaux !

Le prince, hurlant et tirant ses deux sabres, bondit hors du Pavillon des Tulipes d’Eau.