Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/306

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Malgré la constante pluie meurtrière qui tombait des remparts et du faîte des maisons, les soldats de Ta-Kiang, forts de leur nombre, résistaient et triomphaient. En dépit des dragons de bronze aux gueules foudroyantes, ils rampaient vers les murailles, ou s’efforçaient vers les embouchures des rues ; et çà et là trépignaient de féroces luttes corps à corps, où les costumes disparates et les sauvages accoutrements des rebelles chinois heurtaient les beaux uniformes des guerriers tartares.

L’armée impériale était superbe au soleil. On voyait briller les cottes de mailles dorées, écaillées comme le dos d’un dragon, et les casques pointus, où s’agite une aigrette de crins rouges, des Hoa-Tié-Tis, Vainqueurs du Ciel. Les Tigres de Guerre aux corps agiles tordaient mille mouvements souples et sournois ; vêtus de maillots jaunes tachetés de noir, les pieds armés de griffes, la tête couverte d’un capuchon que surmontent deux petites oreilles, la poitrine ornée d’une face de tigre, ils tenaient de la main droite une longue épée terminée en harpon, pour couper les jarrets des chevaux, et cachaient leur bras gauche sous l’immense bouclier de rotin qui défie la lance et fait dévier les flèches. Les somptueux Ou-Kê-Sen, dont le chapeau de velours noir est paré d’effilés rouges d’où émergent deux queues de renard bleu, brandissaient au bout d’une tige en bois de fer leurs haches miroitantes, dites Haches de la Lune. Tout sanglants, apparaissaient aussi des soldats du corps glorieux qu’on nomme Tchou-Tié-Teng, l’Étrier Sauveur du Ciel, et que Kang-Shi insti-