Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/42

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pipe étroite. Tout à coup des gens à cheval arrivent au grand trot : ce sont les avant-coureurs d’un cortège officiel ; les jeux sont renversés, la cohue, refoulée brusquement, envahit les boutiques ou se répand dans les rues voisines. Dans la trouée se montrent bientôt des musiciens aux costumes bariolés, qui font gémir des gongs, siffler des flûtes et grincer des cymbales ; derrière eux, fièrement portées par de jeunes serviteurs, se déploient des bannières rouges ou vertes, découpées en forme de dragons ou d’animaux symboliques, alourdies d’énormes caractères révélant les noms et les titres du grand personnage qui s’avance ; puis viennent des soldats tout armés, des bourreaux levant des fouets et tirant de lourdes chaînes, des serviteurs ployés sous le faix d’un coffre où s’entassent de somptueux costumes et agitant continuellement de petits encensoirs de bronze ; un homme splendidement vêtu les suit, porteur du parasol officiel, dont la couleur et la dimension indiquent le rang du mandarin ; il apparaît, lui-même, balancé, plus haut que toutes les têtes, dans un large fauteuil doré, et rayonnant de pierreries sous une vaste ombrelle argentée que fixe au-dessus de lui un manche d’ivoire enfoncé dans le dos du fauteuil. Une troupe de cavaliers décorés du globule blanc termine le cortège, et brusquement la foule se referme pendant que le mandarin continue sa route, vers le Tribunal des Rites, situé dans la partie septentrionale de l’Avenue de l’Est, à côté du Temple des Mille Lamas et en face de la pagode de Kong-